Toussaint, un écrivain corse, suit une thérapie chez son psychanalyste, que nous appellerons « le docteur ». A mesure que son discours se poursuit, tous les protagonistes apparaissent, qui sont en réalité l’incarnation de ses délires et de ses obsessions. En racontant ses névroses, Toussaint les met en scène, leur donne une réalité. En lieu et place de son récit, nous assistons à ses psychoses, jouées les unes après les autres.
Les troubles de Toussaint sont un mélange de névroses identitaires et existentielles : elles se nourrissent de racisme, de violence et de satyrisme. Le docteur lui-même, qui lui propose du viagra plutôt qu’un remède, et qui s’amuse de ses histoires de cul plutôt que de lui venir en
aide, est à l’image des déviances qui le taraudent : il n’est pas interdit de penser que ce docteur est lui-même un des démons intérieurs de l’écrivain.
De nombreuses fois, d’autres personnages apparaissent qui appartiennent simultanément à l’histoire et au mythe : Christophe Colomb, Giacomo Casanova, Kadhafi, Sampiero, Vannina d’Ornano, Iago, ainsi qu’un autre Casanova, s’appelant également Toussaint (Santu), l’un des
premiers écrivains et polémistes en langue corse, antique reflet du personnage central. Tous sont chargés de porter la « controverse » de Valdu Nieddu, c’est-à-dire d’évoquer sous forme ironique les fantasmes et les obsessions de Toussaint (qui ne sont autres, bien entendu, que ceux de la société corse).
Deux femmes encore peuplent les failles de l’écrivain ; Christine, la compagne « officielle », et Sandra, l’amante. Entre les deux, Toussaint recherche un équilibre et une rédemption, sexe ou amour, pour se libérer enfin de ses contraintes identitaires et de ses pulsions destructrices...