mardi 26 octobre 2010

Signatures Vae Victis

Marc Biancarelli signera son dernier ouvrage, Vae Victis, le samedi 30 octobre 2010 à 17 heures à la librairie Le Verbe du Soleil à Porto Vecchio.

Une signature est également prévue le mercredi 10 novembre 2010 à 17 heures 30 à la Librairie des Deux Mondes à Bastia.

"Il est un moment où l’insulte raciale, où la récurrence et la banalisation du propos diffamatoire est un viol. Il est un moment où l’impunité des sanctions lapidaires et infâmantes devient une oppression. Il est un moment où la lâcheté des fausses indignations, cachée derrière la hache des bourreaux, ou même la toute puissance de la loi, devient un crime aux relents de pétainisme. Délit de faciès, délit d’existence, en plein cœur d’un négationnisme qui jette l’opprobre jusque dans nos instants de fidélité, ainsi notre conscience doit-elle être brisée, comme brisée notre croyance que nos pères aient pu servir loyalement, qu’ils aient pu être dignes. Jusque dans notre mémoire collective il nous faut porter les stigmates de la défaite honteuse, de la punition que le maître puissant inflige à l’élève récalcitrant, nous devons porter trace du châtiment. Comme celui justement accordé par le cinéma à un de nos vieux hypothétique, un félon des tranchées, un lâche, un traître ignominieux. Et les films du vainqueur nous apprennent donc que nos anciens n’étaient pas les glorieux combattants que nous croyions, et que cette ignominie est en nous, l’ultime de nos espaces sacrés est foulé au pied, non seulement nous méritions d’être de la chair à canon, mais en plus il nous faudrait en porter la tare. Et ces salves contre notre mémoire retentissent l’une après l’autre, en des mots sacrilèges, des mots de haine trop longtemps contenus, et qui explosent dans leur sincère stupidité comme les derniers shrapnels d’une guerre où nous étions de la couleur de la boue des tranchées, des mots tel un poison irrémédiable dans une blessure à vif. Négationnisme, donc, et pitreries de dominants, qui portent en eux d’autres projets."

Vae Victis, extrait.

mardi 19 octobre 2010

U Spartacus di Koestler (Cronica 2010)

A fini di Spartacus hè cunnisciuta. Dopu ad avè drizzatu i millai di schiavi è missu l’Italia à focu è à sangu duranti dui anni, fù vintu da i ligioni di Marcus Crassus à a battaglia di u Silarus, è certamenti tumbu mentri l’azzuffu. U vincidori appruntò u so ritornu in Roma fendu drizzà 6 000 cruci u longu di a Via Appia, dund’iddi funi supplificati i partitanti i più fideli di l’anzianu gladiatori. U trionfu fù puri arrubbatu à Crassus da Pumpeu, chì sfeci u stolu di l’ùltimi rivuluziunarii vultendu da i so guerri in Ispagna. I lutti pà u puteri, i cumbrìculi di i Generali è di i Sinatori, i spiculazioni di i marcanti è di i grossi prupiitarii pudiani tandu ricummincià à u cori d’una Ripùblica rumana currotta è dicadenti.

Arthur Koestler, più cunnisciutu pà i so libri « U Zeru è l’Infinitu » è « Un Tistamentu Spagnolu », scrivisti a storia di Spartacus in 1938, pocu dopu ad avè lintatu u partitu cummunistu. Chì u ventu di l’epupea suffiessi monda annant’à ‘ssu rumanzu ùn impidisci micca chì u testu di Koestler hè – à traversu à a fizzioni – a so prima grossa riflissioni annant’à u sensu di a Rivuluzioni, è di a Rivuluzioni straviata in primu locu. A dinnuncia di u suvietismu, à un mumentu chì a minaccia nazista era u pinseri maiori di l’intellettuali, ùn era micca una pusizioni fàciuli à tena, quissa a musciaia bè u sturianuTony Judt in un assaghju cunsacratu à u fantascu scrittori ungaresu. Ma fù puri a scelta di Koestler dopu à i so spirienzi in Unioni Suviètica o mentri a guerra civili spagnola.

U Spartacus di Koestler, dunca, discrittu u più à vicinu di ciò ch’iddu si ni sà, permetti à l’autori di sviluppà una riflissioni forti annant’à a Rivuluzioni è i so fiaschi. Nata faccia à a tirannia di a Ripùblica, chì tutta a so ecunumia teni par via di a schiavitù, a ribillioni di u Traziu si vasta certu par via di i sòliti divizioni di i rivultati, ma dinò par via di a criazioni d’una nova tirannia incapaci di schisgià l’orrori novi è l’inghjustizia. È in u campu di i mutini, ci sarà tandu d’una parti unu Spartacus chì si faci un duveru di « prutteghja l’intaressi di a so truppa contr’à a so propia pèrdita di raghjoni », è da l’altra i rivultati chì, à l’imàgina di u filusoffu Zozimos, pensani ch’un « tirannu unestu chì ubbidisci à i raghjoni supiriori pò fà un mali senza limiti »…

A quistioni posta da Koestler hè forsa di sapè misurà ciò ch’idda vali a famosa divizia rivuluziunaria chì volghi chì « a fini ghjustifichessi i mezi ». Par ùn avè sappiutu ascultà i cunsigli umanisti d’un Essenianu chì l’accumpagna, par ùn essa statu u prima missìa à cuddà annant’à a cruci, scantèndusi da i violi di a viulenza è purtèndusi cun iddu tutti i piaghi di l’èssari, u gladiatori entri in a Stodia com’è un prufetta disfattu. È l’avvocatu ribeddu Fulvius, à l’ora di u so casticu annant’à a Via Appia, si lagnarà à u finali chì u spìritu ùn avissi sappiutu duminà u riali. Ùltima chjama – vana ? – pà a parsèguita d’un’ utupia idealista.

mercredi 13 octobre 2010

Interview 24 Ore du 8 octobre 2010

On s'est construit dans la violence

On le connaissait pour ses romans et ses nouvelles, qui ont fait de lui, en quelques années, le symbole d'une nouvelle littérature corse décomplexée et féroce. Aujourd'hui Marcu Biancarelli, l'enfant terrible des lettres insulaires revient avec un recueil d'essais et d'articles où il rue dans les brancards du politiquement correct à l'usu corsu. Et ça fait un bien fou.

Pourquoi ce désir de publier un recueil d'essais ?

Cela vient d'abord de mes lectures. J'ai lu Orwell, Pasolini, d'autres encore dont je prétend pas être l'égal, bien sûr, mais qui m'ont indiqué que l'on pouvait écrire de la fiction tout en étant fortement impliqué dans la société. Orwell, par exemple, a écrit d'immenses romans, mais la somme de ses articles en tant que journaliste est également incontournable. On y trouve des textes magnifiques sur la dictature, le communisme...J'ai régulièrement collaboré à des revues, signé des articles d'opinion, où je n'hésitais pas à me lâcher, à donner mon point de vue sur le monde qui m'entoure. Je trouvais que c'était le bon moment pour les réunir et les publier.

Doit-on y voir également une volonté d'exposer sans faux semblants votre pensée, alors que vos opinions sur la Corse, examinées à travers vos romans, ont été souvent déformées ou simplifiées ?

La fiction a tendance à brouiller les pistes, on peut projeter des ombres de soi, exacerber certaines postures, afficher des positions auxquelles on n'adhère pas forcément...Dans ces textes-ci, en revanche, c'est l'auteur qui parle, sans se dissimuler derrière personne. Et je pense qu'ils fournissent des clés sur mon travail. Parfois j'ai des retours de lecture qui me font dire qu'il y'a une incompréhension totale quant à mes positions concernant la société corse. Avec ces textes, c'est vrai, j'ai l'occasion de clarifier un certain nombre de choses, mais avant tout, j'y tiens, c'est un travail littéraire, pas de journaliste.

Vae Victis rassemble des textes d'époques différentes. Certains remontent à de nombreuses années. Avez-vous été tenté de les retoucher ?

J'ai essayé d'avoir une démarche honnête. Il y'a certains articles que je n'écrirais plus de la même façon, mais j'ai voulu les conserver en l'état. Pas question de les modifier. Ceux, il y'en a, que je n'assumais plus, je les ai écarté. Les autres, ils permettent de montrer, en les lisant à la suite, qu'une pensée évolue, se nourrit, se redessine avec le temps. Je n'ai pas la prétention d'apporter une vérité, j'apporte un point de vue, une opinion, il faut en accepter les errances.

Et du point de vue du propos? Avec le recul, étiez-vous alarmiste ou visionnaire ?

Il me semble que les tendances que je soulignais à l'époque se sont encore accentuées. Au final, c'est l'histoire d'une société qui a subi un cataclysme, qui a vécu longtemps selon une problématique posée par le nationalisme. Le problème c'est que, selon moi, le nationalisme a été vaincu, dans son combat contre l'Etat. Et depuis, les dérives se sont accentuées, cristallisées, des dérives autant mafieuses que consuméristes. On vit dans l'héritage de ces années-là, où l'on a été incapables de proposer des voies d'élévation autres que par la violence. Une société qui se serait conçue de manière politique ne nous aurait pas mené au bord de l'abîme où nous nous trouvons aujourd'hui. On s'est construit dans la violence, et de là rien ne peut sortir de bon. Aujourd'hui, en Corse quel est notre pacte pour vivre ensemble? Qu'est qu'on propose à la jeunesse, à part l'exil, ce qui marque un retour accablant vers les années 50...Je suis effaré par le décalage entre les postures identitaires invraisemblables de certains, et l'individualisme forcené qui prévaut, au quotidien, dans les rapports sociaux sur l'île. On continue de baigner dans les putanismes, dans l'immaturité, les mythes, les rêves et les fantasmes, souvent mortifères chez nous, plutôt que d'affronter la réalité de notre situation.

Pour la première fois, vous publiez en français...

J'assume le choix de la langue corse. Ce n'est même pas un choix, d'ailleurs, il s'est imposé à moi, pour autant je n'ai jamais considéré que je devais l'opposer à quelque chose. Je suis le produit de deux cultures, et je l'assume complètement. Je ne vois pas d'antagonisme à ce niveau là, c'est la politique qui créé les antagonismes, pas la culture. Et puis il faut le reconnaître, j'ai également envie d'élargir mon lectorat. Il y'a une vraie usure, lorsque l'on écrit en Corse, et qu'on doit automatiquement passer par une traduction. D'autant que l'édition corse n'est pas encore rodée à ce niveau-là, elle ne sait pas comment gérer, promouvoir, valoriser la littérature en langue corse...

Cela veut dire que votre prochain roman pourrait être écrit en Français ?

J'écris de plus en plus en français, je ne sais pas pourquoi, et même si j'ai la langue corse chevillée au corps, effectivement, j'ai envie d'écrire également de la fiction en langue française.

Entretien réalisé par Sébastien Bonifay

lundi 11 octobre 2010

Texte pour les Scontri Novi (Marignana 2010)

Préambule

Amour, haine, amitié…

Qu’est-ce qu’on peut dire de ces sentiments qui se rapporte à l’identité corse ?

Qu’est-ce qu’on peut dire de ça qui relève de l’universel aussi ?

Et en quoi ma fonction d’écrivain me permet-elle de répondre à ce questionnement ?

Pour un écrivain, les sentiments sont d’abord un matériau de travail, mais de là à dire qu’on peut répondre tel un anthropologue à l’implication, au particularisme des sentiments dans une société, il faut sans doute rester humble…

Me vient une question que m’a un jour posé un journaliste : savoir si j’aimais « ma » Corse… Je continue à m’interroger sur la pertinence d’une telle question, sur son bien-fondé quant à un lien avec l’écriture, ou sur mes devoirs d’auteur qui seraient liés à un lien sentimental avec le pays …

Bref, avant de dire ce que je pense du lien des sentiments avec une quelconque identité collective qui soit corse, il me faut préciser ce que je conçois par identité corse :

Personnellement, en me refusant à définir quoi que ce soit de l’identité, je me demande déjà de laquelle on parle…

Celle de la société traditionnelle ?
Celle de la société actuelle ?

De la traditionnelle on n’en possède plus que des bribes, même si on doit bien être dépositaire d’une forme d’héritage, mais pour autant est-on qualifié pour en parler, aujourd’hui, de la société traditionnelle ?

L’identité de la société actuelle, consumériste et bourgeoise, touristique et capitaliste ? globalisée même ? elle me semble bien éloignée de la précédente, et bien trop composite, variable, et pour moi beaucoup trop complexe pour qu’il soit possible de la confiner dans un seul et unique modèle de représentation, et donc de dire en une formule la place qu’y prennent les sentiments…

Des sentiments et de l’identité malgré tout…

Pour autant, pour complexes qu’elles soient, pour diversifiées qu’elles apparaissent, pour même indéfinissables que nous les imaginions, les identités existent bien.

On dira bien d’un trait culturel qu’il est français, qu’il est britannique, qu’il est très espagnol ou très italien… à partir de là on doit bien pouvoir dire de quelque chose, une attitude, un style, une manière d’expression, que c’est corse, constitutif d’une identité corse, et à partir de là pourquoi les sentiments eux-mêmes ne le seraient-ils pas avec des variations particulières ? des accents autonomes ?

Donc l’amitié, la haine, l’amour, en quoi ils s’exprimeraient ici de manière singulière ?

On pourrait dire qu’en milieu rural, en milieu insulaire, en milieu urbain étriqué, en cercle tribal, ces choses-là se vivent bien de manière particulière, oui.

Les amitiés et les haines ne se répondent-elles pas ici, dans le hui-clos des villages, avec un écho particulier ?
Moi qui ai appris à détester les mêmes familles depuis des générations, n’ai-je pas donné à ces détestations une forme de caractère sacré ? Moi qui ai appris à me solidariser toujours avec les mêmes groupes sociaux, les mêmes gens de pères en fils, n’ai-je pas fait de ce lien une sorte d’attachement irrationnel et mystique ?

Prenons d’abord l’amour. Ne s’y vit-il pas ici sous le regard de la communauté ? Dans une sorte d’exposition en place publique où chacun aurait son mot à en dire ? Enfin, je dis seulement ça au cas où la communauté, ça voudrait encore dire quelque chose pour nous…
Je pense à l’amour par internet, qui est une forme d’amour moderne que j’ai pratiqué comme tout un chacun, n’est-il pas finalement, plus que le désir inconscient de succomber aux formes modernes du sentimentalisme, une manière correcte et efficace d’échapper à ce regard du collectif, le plus souvent pesant, parfois quand même aussi anachronique ?

L’amitié, elle, n’est-elle pas au départ le produit de nécessités incontournables et de solidarités obligatoires ? L’extension de besoins familiaux en devoirs individuels ?
Ne porte-t-elle pas aussi en germe, l’amitié, et par ses devoirs qui me dépassent, un poids absolument étouffant ? Ses propres dérives vers la haine ? Ou voire même ma propre damnation ?
Cette amitié que j’entretiens avec mes anciens copains de classe qui ont mal tourné, ces salopards qui me demandent toujours des services malsains, est-ce que ça ne va pas m’amener à finir mes jours à l’ombre ?
Ah, l’amitié, c’est parfois une chose terrible, par chez nous, que l’amitié…

La haine enfin, est-ce que ça n’est pas finalement le plus souvent ce qui émerge le plus, ce qui cimente le plus le lien social, ce qui peut de la manière la plus commode nous permettre de nous définir et nous appréhender nous-mêmes ?
J’ai lu quelque part que les Corses se définissaient surtout par rapport à ce qu’ils n’étaient pas que par rapport à ce qu’ils sont réellement…
Quand on sait que la structure clanique est ici le premier fragment de l’appartenance, n’y a-t-il pas du vrai à voir la haine, c’est-à-dire la compréhension de ce à quoi l’on s’oppose, comme un facteur déterminant de notre identité constituée ?

De l’identité et de ses revers…

Mais bref, dans ces questions, s’il y a aussi sûrement des vérités, il y a aussi une somme de choses assez contradictoires.
Peut-être parce que d’être écrivain ça mène à une certaine déformation de la pensée, et que pour écrire il m’a tout de même fallu réfléchir à deux ou trois choses qui relevaient de la culture et de la tenue de nos sociétés, il m’a semblé assez souvent que la vérité des choses résidait tout autant dans leur énoncé que dans leur revers…
Pour être clair : souvent la vérité de l’identité me semble être plutôt dans le contraire de ce qu’elle veut bien nous montrer d’elle-même.

Si nous aimons ici de manière particulière, donc ? J’en sais rien.
La question qui pourrait m’intéresser est de m’interroger sur ceci : est-ce qu’un gay peut aimer ici de manière particulière ? Est-ce même qu’un gay a le droit de s’énoncer dans notre identité collective ?
Lorsque j’étais plus jeune et que je demandais comment on disait « homosexuel » en langue corse, on me disait qu’on avait pas besoin de la dire parce que des homosexuels en Corse, il n’y en avait pas… Pourtant il y en avait comme ailleurs, aujourd’hui je le sais.
A ce propos, je m'interroge sur l'inexistence dans le paysage littéraire corse d'un Michel Miniussi, qui faisait de l'homosexualité, en langue occitane, un thème majeur de son oeuvre.
Est-ce qu’aussi être macho ça correspond vraiment à ce qu’on nous dit de notre identité ? Ou bien plutôt ça correspond à un désir de se conformer à l’identité que l’on attend de nous ailleurs ?

Est-ce que les amitiés que j’ai ici sont plus fortes que celles que j’ai noué ailleurs ?
Ou bien est-ce que mes amitiés d’ici correspondent à une norme qu’on voudrait que moi aussi j’endosse ?
J’ai plutôt parfois l’impression que mes amis les plus proches sont tous les gens non normatifs qu’il m’a été permis de rencontrer ici, ceux avec qui j’ai pu partager une forme de rébellion et de marginalité…

Est-ce que mes haines sont aussi ici particulières ?
Ou plutôt le visage de la haine que j’ai rencontré ici ne m’a-t-il pas été plus désespérant que celui que j’ai rencontré ailleurs ? Justement parce que la haine d’ici m’apprenait, liée à l’affect et au poids des désillusions, de quelle manière nous n’étions pas ici meilleurs que les autres, ni si différents dans l’abject si je puis dire.



mercredi 6 octobre 2010

Trakl in sonniu (Cronica 2010)

Hè unu spidali di campagna, à u luntanu si sentini i cannunati è i bumbardamenti. I ferti sfilani senza cessu in ‘ssa stadda trasfurmata pà i curi, disgraziati chì affaccani in unu stolu cuntìnuu di dulori è di moghja d’addisperu. I duttora s’affaccendani, cusgindu i facci arruvinati da l’obbusi, sighendu i membri macinati, tapendu l’arteri. Orrori è brioni da partuttu. Òmini avviliti in una chjostra chì daria u sbileghju à i più duri. Odori di trippi sbuttati è visioni di spaventu induva chì u sguardu si poni. Un ghjovanu infirmieri, trimulendu, acciaccatu di fatica, dà una mani pà uparà i più discimpiati, curri senza circà riposu pà sullaghjà i mutilati, à colpi d’eruina, di murfina, di cluruformu. A tintazioni hè forti ancu par iddu. Mezu allucitatu da a droga ch’iddu hà inguttitu, li si pari di fassi intrunà da u spittàculu d’abuminazioni chì l’inturniighja.

U so nomu hè Georg Trakl. Hà scrittu in tutti i rivisti famosi didicati à a puisia austrìacca. Ghjà ricunnisciutu trà i so sìmuli, cunsidaratu com’è un maestru di u sprissiunismu, hè dinò un parsunaghju cumplessu è abbastanza sicretu. In fundu di a so ànima si strascina una frattura insuppurtèvuli, una malincunia priculosa. À mezu à i corpi truncati, i sinsazioni schifizzosi di ‘ssu spidali ridumintariu induva a morti bola com’è un aceddu pridaghju, li veni l’imàgina pulposa di a so suredda Margarethe. U disideriu, a culpabilità è u disgustu si buliighjani in fundu di u so èssaru in middi pezzi. Si diciaria, in ‘ssu dicorru di scimizia è d’agunia, chì a pittura d’Egon Schiele avaria scuntratu i turmenti d’un Otto Dix. Si diciaria, cù solu u russu è u culor’ castagnu in fundu di tela di ‘ssa mandria di i suffrenzi, chì Trakl u drugatu, Trakl l’incistuosu, Trakl u dannatu venghi di mutassi in calchì Kaspar Hauser persu à u cori di i battagli.

Allora abbandunatu, datu à sè stessu, in un mondu indu l’èssari ani tumbu i dii, allora in ‘ssa chjostra insanguinata, in ‘ssi tarri di Livanti induva si stirpani l’armati, Trakl faci cuddà una pistola è tira. Abbisistitu da a tuntia guerriera di l’òmini, è richjappu da i so propii dimoni, i so visioni pazzi di paisaghji bughji è di falti innumèvuli, u ghjovanu infirmieri Trakl tira a badda chì u lia à u so trapassu. Ùn sarà effettivu chè un mesi dopu, in una cèddula psichiàtrica di u spidali di Cracuvia. È par via d’un’ overdosa di cucaina. Attu finali d’un pueta chì avia scrittu, trà altri versi :

« Socu un’ umbra luntanu da paesi bughji
À a surghjenti di a furesta aghju bitu
U silenziu di Diu. »                        

Extrait "Vae Victis"

Dans ces années post-nationalistes, l’analyse doit donc révéler le mot « défaite » à qui rêvait de sauver la Patrie, la « Petite Patrie », bien sûr, selon la vision du dominateur, du conquérant triomphant. Selon un jeu connu depuis très longtemps, le nouveau César a avancé en rase campagne, sans trop se soucier de la faiblesse de ses légions, de leur immoralité, de la partialité des juges qui les accompagnaient, mais juste en déployant le talent de s’avoir opposer les peuples aux peuples, les frères à leurs frères, juste en proclamant l’idée que le profit allait de paire avec la lumière, et c’est une lumière qui nous a aveuglés, et pour cet aveuglement nous avons même capitulé. Alors, soucieux de nous lier à l’autocélébration de nos maîtres, soucieux de nous inscrire dans la civilisation de nos vainqueurs, nous avons cru plus utile de singer leur langue, et d’accrocher notre petit nationalisme déclinant à la hampe d’un grand nationalisme renaissant de ses cendres, émergeant sur les nôtres. Nous qui avions sifflé leur hymne grotesque, qui avions détourné le regard des sillons au sang impur, il nous faudrait l’apprendre désormais dans nos écoles, par acte citoyen, et pour nous laver de notre impureté de peuple parricide et tueur de préfet.

Il sera écrit dans des siècles lointains qu’un autre crime innommable fut commis contre nous, il sera dit qu’en certains temps notre soumission se fit sous la herse d’une machine affolée, emballée par la peur de lire en nous sa gangrène, son incapacité à fédérer au-delà de ses valeurs « républicaines » statufiées, de sa laïcité déifiée, il sera dit qu’avant de mourir elle-même de sa propre crispation, de sa propre terreur fondatrice, cette Nation mécanisée en tua beaucoup d’autres.
Nous nous avons péri à force d’usure, nous avons péri de ne plus pouvoir croire en nous-mêmes, et il nous fut asséné tant de fois que nous étions inférieurs, on nous relégua si souvent au fond de la classe, avec notre bonnet d’âne national enfoncé jusqu’aux oreilles, qu’il nous a semblé finalement que ce couvre-chef nous allait à ravir, et que là, enfin, était notre identité. En chemin nous avons perdu le conflit, parce que nous nous sommes perdus nous-mêmes, c’est pas les nationalistes qui ont perdu, c’est nous tous, c’est la Corse entière, et les nationalistes ont été le mouton noir, ceux qui devaient symboliser notre crime collectif : être différents. Ils ont simplement été ceux à travers qui la plaie de notre capitulation serait plus lisible.

mardi 5 octobre 2010

Vae Victis

Vae Victis est un essai qui rassemble une quinzaine de textes de réflexion, d’indignation ou d’opinion, la plupart liés au contexte politique d’une Corse à cheval sur deux siècles. Mais attention, rien dans ces textes ne relève de l’analyse d’un politologue, Marc Biancarelli est écrivain et c’est en tant qu’écrivain qu’il propose cet essai. Aussi fait-il ici acte de littérature. Aussi faut-il lire ces textes comme des éléments épars, des « tirs collatéraux » devant être intégrés dans une création plus vaste où le style, la création et la fiction ont toute leur part. Des textes comme Vae Victis, la Guerre Civile ou Profanateurs et Apprentis Sorciers, s’ils parlent sans concession d’une Corse abîmée par des décennies de revendications conflictuelles ou inabouties, de confrontations violentes entre les Nationalistes et l’Etat, s’ils dressent un bilan des drames et des dérives que l’île a connu ces dernières années, sont également des textes à lire comme des pièces de pure littérature, puisant leurs inspirations du côté de Céline, Calaferte ou Pasolini.
Vae Victis est donc une somme d’articles portant témoignage, selon le point de vue d’un écrivain, d’un intellectuel se revendiquant comme un penseur libre mais impliqué, des soubresauts d’un environnement insulaire qui nourrit d’abord et avant tout une création particulière. Des textes comme Langue et Patrie, le Riacquistu et Moi, mais aussi des réflexions autour des œuvres de Cormac McCarthy ou Jack London, donnent à ce recueil la tonalité d’une voix citoyenne tout autant qu’artistique, redessinant les contours d’une littérature engagée aujourd’hui tombée plus ou moins en désuétude. Des textes qui se veulent donc, au moment du triomphe incontesté du politiquement correct, comme un contre-pied libertaire assumé, un cri de rébellion aux antipodes de tout conformisme littéraire. Des textes qui s’inscrivent, en somme, comme des « écrits corsaires » à la manière corse.

Extrait du dossier presse.

NB : Vae Victis, huitième libre de Marc Biancarelli, vient de sortir aux Editions Materia Scritta, Maison Bertoni, 8 Rue des Ecoles, 20 260 Calvi.

Infos signatures : L'auteur sera présent à la Librairie des Deux Mondes à Bastia le 10 novembre 2010 à 17 h 30 (date modifiée), et avant à la librairie Le Verbe du Soleil à Porto Vecchio le 30 octobre 2010 à 17 h.

lundi 4 octobre 2010

A propos de l'auteur

Marc Biancarelli est né en 1968. Professeur de langue corse, il a d'abord animé la revue A Pian d'Avretu, de 1991 à 1995, avant de proposer un premier recueil de poésies en 1999, Viaghju in Vivaldia, publié chez Le Signet.
En 2000 il publie un recueil de nouvelles, Prighjuneri, chez Albiana. Le livre est présenté en version bilingue, Jérôme Ferrari se chargeant de la traduction en langue française, et obtiendra le Prix Fiction de la Littérature Insulaire à Ouessant en 2001.
S'ensuivent divers ouvrages toujours chez Albiana : San Ghjuvanni in Patmos en 2001, un nouveau recueil de nouvelles qui obtiendra pour la seconde fois le Prix Fiction à Ouessant ; Parichji Dimonia, recueil de poésies en 2002 ; puis un roman, 51 Pegasi astru virtuali en 2003, qui sera traduit en 2004 toujours par Jérôme Ferrari.
Biancarelli se consacre alors à la renaissance de la revue culturelle et littéraire A Pian d'Avretu, désormais bilingue, de 2004 à 2006, avant de publier un troisième recueil de nouvelles chez Albiana : Stremu Miridianu, paru en 2007 et qui sera consacré par le Prix des Lecteurs de Corse en 2008 et le Prix Morellini en 2010.
En 2009 c'est un second roman qui sort chez Albiana, Murtoriu, dont la traduction (MurtoriuBallade des innocents), réalisée par Jean-François Rosecchi, Marc-Olivier Ferrari et Jérôme Ferrari, est actuellement en attente d'édition.
En 2010 c'est un essai en langue française, Vae Victis, qui est publié chez Materia Scritta, puis en 2011 paraît chez Colonna Edition le recueil de chroniques littéraires Cusmugrafia, dont la version française est assurée par Olivier Jehasse.

L'auteur a part ailleurs écrit pour le théâtre, avec deux pièces jouées en Corse : Bella Sterpa (jouée par la troupe du Svegliu Calvese à partir de 2004) et Cuntruversa di Valdu Nieddu (jouée elle par les Stroncheghjetta de 2007 à 2008, puis publiée chez Materia Scritta en 2012).
L'adaptation du roman 51 Pegasi astre virtuel (en français), de Jean-Pierre Lanfranchi, est toujours jouée par Christian Ruspini tant en Corse que sur le Continent.

De 2009 à 2011, l'auteur a proposé également une chronique littéraire hebdomadaire dans le journal Corse-Matin.